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Les confessions de Constanze Mozart

Wolfi & Stanzi

. humour

. lettres d'amour

. preuves d'amour

franc-maçonnerie

. une affaire de famille

pélerinages

. à Salzbourg

. à Vienne

Conversation avec Isabelle Duquesnoy

« L'injuste légende de Constanze Mozart,
fade et inculte
dure depuis plus de 200 ans. »

J.M.Goossens : Pourquoi souhaitiez-vous réhabiliter Constanze, la femme de Mozart ?

Isabelle Duquesnoy : Trop souvent les épouses des génies sont considérées comme de sombres crétines, tout juste aptes à faire le ménage et des enfants. Ces femmes taisaient leur compétence par amour sachant très tôt qu'il n'y a pas de place pour deux vedettes sous le même toit ; la réussite de leur couple passait par l létouffement de leurs compétences. Constanze fut victime de son amour pour Wolfgang Mozart, dans la mesure où ce n'est qu'à sa mort qu'elle eut l'occasion de déployer tous ses talents de femme d'affaire, d'excellente chanteuse, et n'oublions pas que c'est elle qui instaura le principe de protection des droits d'auteur sur les oeuvres de Mozart.

 

J.M.G. : Que pense la Fondation Mozarteum de vos ouvrages « Les confessions de Constanze Mozart » ?

Isabelle Duquesnoy Le premier tome est préfacé par madame Geffray, Conservateur en Chef au Mozarteum de Salzbourg, à qui l'on doit notamment les Correspondances Mozart en 7 volumes. Sa préface signifie pour moi que nous partageons le même point de vue sur Constanze et la même lassitude de lire autant de malveillances à son sujet. Constanze doit se délecter dans sa tombe, d'autant plus qu'elle est enterrée aux pieds de celui qui la détestait : son beau-père.

 

J.M.G. : Qui avait intérêt à faire passer Constanze Mozart pour une idiote ?

Isabelle Duquesnoy C'est une suite de malentendus et de hasards fâcheux : sa mère l'a longtemps prise pour une esclave, lui disant qu'elle était la plus laide de ses 4 filles. Wolfgang tomba dans ses bras pour oublier qu'il s'était fait lâcher par sa soeur (Aoisia). Le père Mozart ne l'aimait pas, il détestait toute la famille de Constanze, et à cet égard, on ne peut pas lui donner tout à fait tort, car la mère et les soeurs Weber étaient de fieffées manipulatrices. Nannerl, la soeur de Mozart, la haïssait franchement et son antipathie la travaillera au-delà de la mort. Craignant de rester vieille fille, Nannerl ne supportait pas la complicité qui unissait Wolfgang à sa femme. Constanze était une jeune femme sensible et spontanée, intelligente et drôle, mais Wolfgang n'arriva jamais à convaincre sa famille des qualités de son épouse, car il avait malhabilement décrit cette dernière dans une lettre, comme le contraire d'Aloisia, par prudence. En effet, une fois déjà, le père Mozart s'était dressé contre les sentiments de Wolfgang pour Aloisia, qui était très belle, talentueuse et volage. Pour annoncer ses projets de mariage avec Constanze, Wolfgang savait qu'il devait décrire sa fiancée comme étant tout le contraire de la première, afin de rassurer son intraitable père.

 

J.M.G. : Mais qui s'en soucie aujourd'hui ?

Isabelle Duquesnoy : Eh bien, je dirais qu'au moins 1 ouvrage sur Mozart est édité tous les ans, et qu'on joue au moins 2 oeuvres de Mozart chaque soir dans le monde. Aujourd'hui encore, beaucoup de biographies existantes sur Mozart attribuent à sa soeur des propos d'une violence inouïe à l'encontre de Constanze. Pourtant, on sait maintenant que ces propos n'étaient pas de Nannerl et qu'ils furent rajoutés par un biographe. La meilleure stratégie que Constanze imagina, fut d'épouser en secondes noces un diplomate danois passionné, obsédé même, par le souvenir et l'oeuvre de Mozart ; ensemble, ils écriront la première grande biographie de Wolfgang Mozart. Veuve pour la seconde fois, elle demeura au service de Mozart jusqu'à son dernier souffle mais elle était également soucieuse de restaurer son image par la même occasion.

 

J.M.G.: Que ne supportez-vous pas, dans la littérature mozartienne, ou dans les fictions de théâtre et de cinéma ?

Isabelle Duquesnoy : De toute l'Histoire de la musique, Constanze est la femme la plus injustement calomniée ; on a tout dit et tout supposé à son sujet. Le film « Amadeus » a vingt ans, et depuis 20 ans, les spectateurs pensent que Mozart avait un cerveau de génie fainéant, un rire idiot et une femme stupide, brune à forte poitrine. On lit partout que Mozart était très coquet à propos de sa coiffure et qu'il prenait grand soin de ses perruques. Rien n'est plus faux : il ne portait pas de perruque à Vienne et soignait uniquement pour cacher la malformation congénitale de son oreille. Quant à Constanze, les biographies l'oublient franchement, ou ne la mentionnent que pour l'offenser. C'est notamment le cas dans l'un des ouvrages de référence, « le Massin » où leurs lettres d'amour sont énormément tronquées : les passages très tendres, parfois coquins, souvent émouvants, ont été ôtés ; après cela, le lecteur conclut : « Mozart était scatologique et souffrait du syndrome de Tourette, il n'était pas amoureux de sa femme car elle était sotte mais il adorait sa soeur Aloisia, beaucoup plus belle. » Si Constanze Mozart vivait aujourd'hui, elle aurait intenté des procès pour diffamation et exigé des dédommagements !

 

J.M.G. : Qui était-elle en réalité, si toutefois nous le savons ?

Isabelle Duquesnoy : Il existe en réalité assez de documents, pour savoir qu'elle parlait 3 langues couramment, qu'elle avait une bonne formation de musicienne et qu'elle chantait de façon vertigineuse. Wolfgang Mozart a tout de même écrit la Messe en ut mineur pour Constanze, qui en interprèta les parties soprano ! Comme chacun s'accorde à dire qu'il n'aurait jamais toléré de médiocrité dans son art, et que sa soeur Nannerl a consigné l'événement dans son journal intime, nous savons que Constanze chantait remarquablement. Durant leurs années de mariage, Constanze organisa un quotidien douillet autour de son homme, de façon à le libérer des soucis. Mais Wolfgang était assez obstiné et voulait tout organiser à sa façon ; nous connaissons le résultat : des dettes, la maladie et un élément peu connu du public : un procès qui aboutit à la saisie de la moitié de son salaire. Lorsqu'elle fut veuve, sa seconde vie fut extraordinairement riche et l'on se demande aujourd'hui comment cette petite femme malade put-elle survivre à tant de malheurs, sans tomber dans la folie.

 

J.M.G. : Ses détracteur n'hésitent pas à déclarer qu'elle n'était pas une muse et qu'elle n'inspira jamais Mozart.

Isabelle Duquesnoy : Pourquoi Wolfgang écrit-il dans une lettre à son père : « Si vous saviez toute ma joie de composer dans l'esprit de la fugue, car ma Constanze adore les fugues de Bach et m'a grondé très fort de ne pas avoir étudié cet art, pour lui en composer une. » ? Le vieux Mozart n'a pas du tout apprécié cette lettre, piqué à l'idée qu'une femme mette le doigt sur une éventuelle carence de son système d'instruction. Mozart composait autant pour les hommes que pour les femmes ; le coeur sincère d'un bon ami le bouleversait autant que la beauté de Nancy Storace ; l'ave verum corpus, cette courte oeuvre bouleversante fut écrite pour un homme &Il n'a jamais caché son attachement au talent ; ainsi, des femmes réputées affreusement laides - qui ne lui plaisaient pas du tout - je pense à Melle Auernhammer notamment - se sont tout de même produites en concert avec lui et ont aussi été dédicataires de quelques oeuvres magistrales.

 

J.M.G. Vous ne pouvez pas nier qu'il était quand même très porté sur le pipi-caca et que sa belle-soeur était une grande cantatrice !

Isabelle Duquesnoy : Je ne suis pas dans le déni total ; mais il faudrait taxer de scatologie tous les contemporains de Mozart, car les concours de pets et les jeux scatologiques étaient à la mode dans toute l'Europe du XVIIIe siècle. Quant à la belle-soeur Aloisia, il est vrai qu'elle fut le premier amour de Mozart (après les tripotages avec la petite cousine) et qu'il composa pour elle l'une des arias les plus difficiles à interpréter « Popoli di Tessaglia ». Lorsqu'ils ont rompu, il s'est naturellement tourné vers Constanze qui sut se rendre indispensable par ses bons soins.

 

J.M.G. Il y a eu une polémique dans la presse musicale à propos de vos livres et de la notion de "roman". Alors sont-ils axés sur la musique ou sur la vie privée du couple ?

Isabelle Duquesnoy : Il n'y a pas de polémique. Vous faites allusion à Marc Vignal, musicologue respectable mais jaloux et aigre. Comme il a ses propres livres sur Mozart à vendre ... je conçois son énervement. Cet acharnement suspect ressemble à de l'inquiétude et cela m'a flattée ;des lecteurs m'ont écrit qu'ils étaient outrés et déçus par son fiel. C'est triste de ne pas comprendre que j'écris des romans et non pas des traités d'Histoire et que le sujet ne lui appartient pas. Qu'il soit lui-même très préoccupé par la vente de ses livres rend sa critique moins crédible. Je trouve qu'il dépense beaucoup d'énergie à souligner des anachronismes et des erreurs, alors qu'il n'a pas remarqué des événements totalement fictifs. D'autres musicologues de la presse se sont étonnés de sa méchanceté car un roman ne devrait pas subir ce genre d'attaque puisqu'il est libre dans sa forme. Selon le magasine "LIRE", M. Vignal est "excessif dans ses détails musicologiques et ses découpages chronologiques et quand il tente de faire des rapprochements" . En un mot : rasoir. Qu'il me traite d'ignorante ne m'a pas empêchée d'être traduite en plusieurs langues ... et je préfère cela plutôt qu'être ennuyeuse à lire.

J'ai souhaité procurer au lecteur l'impression de goûter la vie du couple Mozart dans les petits détails personnels : décoration de leur appartement, alimentation, petites manies, vie nocturne, fréquentations, tout ! Je journal intime fictif permet une grande liberté qui respecte la part imaginaire du lecteur. La Vérité appartient à Mozart, le reste n'est que blabla d'orgueil.

 

 

J.M.G. Quel détail de leur vie privée vous manque ? Est-ce que quelque chose vous laisse sans réponse à leur sujet ?

Isabelle Duquesnoy : J'ai le sentiment de les connaître l'un et l'autre comme de vieux amis intimes, mais avec toutes les limites que l'amitié ordonne : on croit savoir mais on ne fait qu'interpréter. Les archives du Mozarteum sont d'une richesse partiellement encore inexplorée par les auteurs, hélas. J'ai surtout axé mon travail sur les petites révélations auxquelles ont ne fait pas attention. Par exemple, lorsqu'une anglaise (Mme Novello) demande à Constanze quel genre de voix avait Mozart, sa réponse en deux phrases contient une somme fabuleuse de renseignements qu'il appartient ensuite à l'auteur d'occulter, de retracer ou de romancer.

 

J.M.G. : Et connaît-on son regard sur la franc-maçonnerie, à laquelle appartenait Mozart ?

Isabelle Duquesnoy : On connaît assez ses opinions (notamment par ses lettres) pour affirmer qu'elle ne s'y opposait pas du tout et qu'elle envisageait d'être initiée ; à l'époque, la franc-maçonnerie était une sorte de société discrète de charité et de bienfaisance, travaillant toujours sur des thème philosophiques, mais finalement assez ouverte vers les « profanes ». La dernière année de sa vie, Mozart voulait ouvrir une loge accessible aux femmes ; il trouvait regrettable qu'elles n'aient pas accès aux travaux en loge, alors qu'en France, cela était possible depuis plus de 40 ans & Son projet de loge s'appelait « la Grotte » ; Constanze y participait certainement, mais elle n'y fait allusion que 2 fois dans ses correspondances. N'oublions pas les paroles de la Flûte enchantée : « une femme que n'effraient ni la nuit ni la mort, mérite d'être initiée. » Si après cela, on veut croire que Constanze n'y participait pas, cela s'appelle de la mauvaise foi ou de l'obscurantisme.

 

J.M.G.: Pourquoi avoir choisi d'écrire sur la femme de Mozart ?

Isabelle Duquesnoy : Toute ma famille est décédée en même temps, il y a quatre ans. Ecrire est un prolongement de leurs vies, une continuité de nos conversations. Tant de morts, c'est un chagrin insurmontable certains jours. J'ai été élevée dans l'univers de Mozart, mais surtout, dans un contexte où les Arts tenaient une place importante et permettaient aussi quelques débordements.

 

J.M.G. : C 'est à dire, quels genres de contexte et débordements ?

Isabelle Duquesnoy : Disons, pour résumer, que mon oncle était directeur de scène de l'Opéra de Paris - il était également baryton, ma tante était première danseuse de l'Opéra ; leur fils a pris le même chemin, et pour ne pas le quitter, pour garder cette magie, à 7 ans, je voulais l'épouser ; mon père a travaillé dans le cinéma, il buvait en récitant les poésies de Hérédia, ma mère chantait Mozart en amateur. Je ne me suis jamais trop posé de questions sur mon avenir car il y avait des évidences : l'écriture, la musique et la peinture. Alors j'ai décidé d'étudier l'Histoire de l'Art et d'apprendre à restaurer les peintures du XVIIIe siècle. A la fin de mes études, je n'ai jamais pu choisir ; j'ai donc restauré des oeuvres du XVIIIe siècle, en écoutant Mozart et j'ai écrit la nuit, en écoutant Mozart.

 

J.M.G. : Et pour vous présenter, que pourrait-on dire ?

Isabelle Duquesnoy : Je suis avant tout une mère de famille ordinaire mais je ne souhaite pas en dire davantage. Tout ce qui précède me semble déjà trop.

 

 

 

 

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