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Les confessions de Constanze Mozart

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De fils en père Mozart

 

franc-maçon de tradition

Aquarelle, début XIXe sicèle, en hommage à Mozart

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La franc-maçonnerie : une affaire de famille

Entre la première œuvre maçonnique de Mozart et la dernière, il s’écoule…18 ans de réflexion.

Plusieurs événements ont progressivement dirigé Wolfgang Mozart vers la franc-maçonnerie, à l’époque considérée comme une sorte de confrérie très charitable et généreuse avec les démunis.Les épreuves qu'il traverse le poussent à se questionner, à l'âge où les enfants sont insouciants.

- A 6 ans : officiellement, Mozart a la scarlatine. On sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un érythème noueux, suite au catarrhe contracté juste avant.

- 7 ans : deux premières crises de fièvre rhumatismale

- 8 ans : fièvre typhoïde (le rendant provisoirement aveugle)

- 9 ans : nouvelle crise de fièvre rhumatismale

- 10 ans : Mozart est atteint de la variole (cicatrices définitives)

- 14 ans : grave maladie contractée en Italie (il gardera le teint jaune)

 

Il paraît alors raisonnable de penser que Mozart enfant, atteint de si graves maladies, affrontant la mort, la douleur et la cécité, gardant de vilaines cicatrices et de nombreuses gênes, ait pu élever son esprit dans les questions fondamentales de l’existence, s’intéresser aux symboles liés à la vie, revoir la mythologie et nourrir ses facultés exceptionnelles de raisonnement.

En effet, tandis que les enfants de son âges jouaient, courraient, s’organisaient quelque avenir insouciant, Mozart travaillait, composait, interprétait et surtout, se questionnait sans cesse.

L’année qui précède la mort de sa mère, Mozart fait la connaissance de von Gemmingen, personnage illustre qui deviendra par la suite le Vénérable de sa Loge d’initiation.

1780, Marie-Thérèse d’Autriche est morte. Mozart est de retour au pays, sa mère enterrée à Paris, il ne demande qu’à reprendre les contacts avec ses amis Francs-maçons.

Joseph II régénère la Franc-maçonnerie, car il ne s’oppose pas à son existence, ce qui est déjà énorme et permet aux loges de ses multiplier en un temps record. Souvenons-nous de la raison pour laquelle Marie-Thérèse d’Autriche avait lutté avec acharnement contre la Franc-maçonnerie : son époux préférait dépenser son temps dans la Loge et en compagnie de ses frères et de leurs ami(e)s. Marie-Thérèse s’organisa donc pour récupérer son mari volage en interdisant les réunions (tenues) maçonniques.

Mozart souhaite alors faire ressortir, par le biais de ses créations musicales, et de manière claire, que la laideur des sentiments (dissonance) ne peut se résoudre que par l’harmonie des cœurs (consonance). Il considère que seules les lois de l’esthétique peuvent contenir le bien et le mal.

Mozart est donc, bien qu’encore profane, déjà sérieusement éclairé, son esprit s’élève vers une philosophie d’ordinaire inaccessible aux jeunes de son âge. En effet, son opéra l’Enlèvement au Sérail comporte déjà de nombreux éléments qui soulignent l’esprit de liberté anglaise (berceau de la Franc-maçonnerie), par le personnage de Blonde.

Il engage Constanze, sa fiancée, à le rejoindre vivre dans son petit appartement, alors qu’ils ne sont pas mariés. On raconte alors en ville que « l’Enlèvement au sérail » est en fait « l’Enlèvement à Œil de Dieu » par allusion au domicile maternel de Constanze Weber. 1783 : Gemmingen qui connaît intimement Mozart, installe sa propre Loge Maçonnique à Vienne ; il invite Mozart à s’y joindre…pour y jouer le rôle de musicien, autrement dit, pour être un « frère à talent ».

Toutes les hésitations de Mozart s’entendent parfaitement dans l’Andante con moto du quatuor à cordes en mi bémol majeur (K 428).

Cette année là, bien qu’il hésite encore à rejoindre son ami dans la Loge, il composera néanmoins un nombre exceptionnel d’œuvres :

- Messe solennelle en ut mineur

- Récitatif et Air de " ah, non sai… ", pour soprano

- Ariette " Manner suchen stets ", pour basse

- Air " Müsst’ich auch", pour ténor

- Quatuor à cordes pour une pantomime de carnaval

- Six variations pour piano en fa majeur

- Concerto pour cor N° 2

- Quatuor à cordes en ré mineur

- Air " Vorrei spiegarvi… ",pour soprano

- Air " no, no, che non sei capace… ", pour soprano

- Air de " per pieta, non ricercate… ", pour ténor

- Duo pour violon et piano en sol majeur

- Duo pour violon et alto en si bémol majeur

- Symphonie en ut majeur, dite " de Linz "

- Adagio-maestoso pour une symphonie en sol majeur

- L’oie du Caire, opéra-buffa (limité aux esquisses)

- Récitatif et Air " Misero, o sogno… ", pour ténor (Adamberger)

- Récitatif et Air " Aspri rimorsi atroci… ", pour basse

- Fugue pour deux pianos en ut mineur

- Concerto pour cor N°3 en mi bémol majeur

- Quatuor à cordes en mi bémol majeur

 

Mozart en cette période aura donc composé l’équivalent de deux œuvres par mois !

Cette production, alors qu’il envisage tout juste d’entrer dans la Franc-maçonnerie, et que certaines de ses œuvres sont déjà fortement inspirées par l’Egypte, contiennent un bon nombre de symboles maçonniques, autant soufflés par les traditions des bâtisseurs de pyramides que ceux des bâtisseurs de cathédrales.

Mozart envoie sa lettre de candidature à la Loge Zur Wohlthätigkeit en novembre 1784. Il a 28 ans…et Constanze ignore encore le projet de son époux.

 

Le profane devient initié

 

Le 14 décembre 1784, vers huit heures du soir, Wolfgang entre dans la Franc-maçonnerie ; mais on n’y entre pas comme dans un Théâtre. Il attend, seul dans un cabinet de réflexion, où sont posés quelques symboles qu’il reconnaît. Il distingue à peine, dans la pénombre, les marques des principes fondamentaux. Une inscription capte son attention : Mozart en connaît la signification car il a déjà visité l’intérieur de son être et se corrige depuis longtemps pour trouver le meilleur de lui-même, son Moi profond rayonnant. Mozart est un être doux, pur et sensible, ne l’oublions pas, venu pour chercher la Lumière. En attendant la cérémonie qui fera de lui un jeune franc-maçon, Mozart pense à sa famille, à sa femme, à sa perpétuelle recherche d’absolu. Nul être n’être plus sincère que lui ce soir-là.

De retour à son domicile, il tente d’expliquer à Constanze ce qu’il vient de vivre, cependant sans révéler les secrets dont il est désormais gardien. Il lui confie combien la cérémonie l’aura marqué, et comme elle lui aura permis de différencier l’essentiel du dérisoire, la dissonance opposée à la noblesse de l’âme.

Ils seront nombreux à s’illustrer dans cette quête ; d’ailleurs, n’appelle-t-on pas cette ère « siècle des Lumières » ? Mozart retrouve dans la Loge de nombreux amis et quelques relations ; ceux qui n’étaient que de vagues connaissances, deviennent maintenant des frères ; tout cela prend des allures de « sacré » dans son pur esprit.

Le nom de ceux qui accompagneront son voyage introductif figure sur une liste qui n'a rien de secrète, et sur de nombreux documents historiques, précieusement conservés. Les signatures autographes attestent la présence de quelques illustres personnalités dont Mozart emprunte ce soir, vers vingt heures, le sillage spirituel.

Il est ébloui, émerveillé. Ce bouleversement guidera le reste de son existence, sans jamais le détourner de sa foi chrétienne ; d’ailleurs, au soir de son initiation, un prêtre et un moine sont présents dans le Temple. Initiés, eux aussi.

Mozart rencontre les Arcanes qui lui enseigneront les allégories et les symboles de sa Loge. Il retrouve une doctrine sans dogme, une Tradition basée sur une érudition gigantesque :

Les numériques : Lumières, Batteries, Escaliers, Age, Années, Heures.

Les géométriques : Triangles, Carrés, Pentagones, Hexagones…

Pratiques : Outils, Colonnes, Epées…

Décoratifs : Couleurs, Tabliers, Sautoirs, Bijoux…

Conceptuels : Références, Origines, Formules, Lettres…

Son entrée dans la vie maçonne par la conjonction du Rituel, de la tradition et du symbole va porter Mozart vers la Lumière. A l’issue ce cette cérémonie, Wolfgang ne sera plus jamais le même ; quoi qu’il advienne, il est Apprenti, le voici Franc-maçon et cela ne peut être effacé. Sa production musicale est encore modifiée, enrichie par les nouveaux symboles auxquels il a désormais accès. Mozart a des ailes.

Il est cependant condamné au silence durant quelques temps ; le temps de passer au grade de Compagnon, mais cela ne l’empêche pas de raconter à Constanze les étapes de son évolution. Il souhaite la faire profiter de l’enseignement qu’il reçoit et qu’elle bénéficie des outils d’évolution mis à sa disposition, sans trahir pourtant…

 

Wolfgang est un franc-maçon prosélyte : Constanze se prépare à le suivre…

 

Le 7 janvier 1785, Wolfgang est élevé au grade de compagnon à la Loge Zur wahren Eintracht.

Le 10 janvier, il achève le quatuor à cordes en la majeur (K464) dont l’andante se rapporte clairement au rituel de réception des francs-maçons.

Mozart n’a déjà plus que quelques années à vivre, il n’ignore rien de ses fragilités mais la musique le porte vers une profondeur de pensée que peu d’individus atteignent.

Il souffre de ne pouvoir partager davantages d’expériences avec sa femme : autant que cela est possible, il lui soumet quelques sujets de travail et l’encourage à développer son « moi », sa chapelle intérieure.

tablier de maçon au grade de maître

Déjà, par de nombreux courriers, il adresse à quelques frères de poignantes suppliques ; les allusions aux travaux maçonniques sont rares dans sa correspondance, mais un lecteur attentif ( et averti) saura néanmoins retrouver les parenthèses paraboliques, à défaut d’en décrypter le sens précis.

Le 10 janvier 1785, Wolfgang compose le quatuor à cordes en la majeur (K464) dont l’andante se rapporte au rituel de réception.

Le 13 janvier de la même année, Mozart est élevé au grade de Maître.

Faut-il s’étonner de la rapidité avec laquelle le génie franchit ces étapes ? Il ne bénéficie d’aucun passe-droit ni d’aucune facilité. Les étapes sont vite franchies, mais l’homme a vite mûri, dans son enfance galvaudée et les épreuves de sa célébrité jalousée.

Quatre jours plus tard, il compose un quatuor à cordes en ut majeur (K465) qui se réfère au grade de compagnon ; il participe également à la réception d’Anton Tinti au sein de la loge Zur Wahren Eintracht.

Le 27 janvier 1785, Mozart participe à une tenue particulière ; la loge Zur Wahren Eintracht attend la venue de Haydn pour son initiation. Wolfgang est présent, animé par une émotion qui lui rappelle déjà son propre passage d’état de profane à celui d’apprenti. Wolfgang en parle sans cesse à Constanze, il est excité à l’idée de retrouver son « papa » Haydn dans la loge et de partager avec lui, d’autres travaux que ceux de la musique.

Mais Haydn ne peut pas venir ce soir-là.

La cérémonie est reportée à quelques jours.

Le 11 février de la même année, Haydn se présente à la porte du Temple, il frappe trois coups à son tour et demande à être reçu

S’en suit un voyage initiatique, dont la teneur et les impressions resteront à jamais, aux yeux de Mozart, indicibles aux profanes, sauf à sa femme, encore qu’il soit évident qu’il ne puisse tout lui révéler. Wolfgang n’a pu prendre part à cette cérémonie ; il était à Mehlgrube, en concert pour la première interprétation de son concerto pour piano en ré mineur (K466). Il joua lui-même la partie soliste.

Le samedi soir, Léopold, Haydn et les deux barons (l’un était Tinti) ont participé à une fête dans le somptueux appartement de Mozart, dans la Domgasse, face à la cathédrale de Saint Etienne.

Wolfgang avait réservé une surprise à son ami Haydn ; trois nouveaux quatuors, réputés plus faciles que les trois précédents, dédiés à Haydn également, cependant toujours aussi prodigieux.

C’est ce soir là, dans cet appartement, après avoir entendu les six quatuors qui lui sont dédiés (K 387,421,428,458,464,465) que Haydn dira de Wolfgang à son père : " je vous le dis devant Dieu, en homme respectable, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, personnellement ou de nom : il a du goût, et en outre la plus grande science de la composition. "

Le partage de l’ineffable se fera entre les deux hommes durant les années qui suivront.

En mars 1785, Mozart termine le concerto en ut majeur (K 467) dont une partie est fortement maçonnique. L’andante fait clairement allusion au troisième grade, celui de Maître.

 

Anonyme : réception en loge. Mozart est le premier personnage assis, à droite, une main posée sur l'équerre de sa poitrine

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1790, Mozart participe à une réception en Loge, immortalisée par un tableau magnifique.Si l’œuvre est anonyme, les personnages ne le sont pour personne.

Note : Ce tableau aujourd’hui restauré, est conservé au Historiches Museum der Stadt à Vienne.

Mozart est le premier personnage (assis) de la rangée de droite. Son épée est posée à côté de lui. Sa main est posée sur sa poitrine, il parle à son voisin vêtu de rouge.

On jurerait que leur dialogue à voix basse donne à peu près ceci :

-Je trouve qu’une femme qui ne craint ni la mort ni la nuit, mériterait bien d’être initiée chez nous !

-Non, non ,es-tu fou, Mozart ? pas de femmes chez nous ! Pouah, nos esprits seraient confus par leur compagnie.

 

Le père, oui. L’épouse, non.

 

Wolfgang sait que son père veut également entrer en Maçonnerie ; sa candidature est posée et acceptée. Il se questionne sur les motivations de son père. Cette aventure réunira-t-elle enfin ces deux cœurs qui ne savent plus se parler autrement qu’en se reprochant le passé, l’ingratitude du fils, la dureté du père ?

Que va découvrir le rigide Leopold qui amuse autant Constanze ?

Le père,si redouté, va devenir… frère ; Leopold, si autoritaire, entrera même bientôt au grade d’Apprenti, et découvrira que son propre fils est déjà Maître.

Constanze voudrait être une petite souris pour voir cela, mais c’est impossible. En France, les femmes ont accès aux travaux en Loge, mais en Autriche, c’est impossible. Wolfgang réfléchit, il trouve cette différence injuste, car il admire la sensibilité et la ténacité des femmes. Il les trouve tellement intelligentes, aussi !

6 avril 1785, Wolfgang regarde son papa effectuer son propre parcours initiatique. Il s’émeut, de voir Léopold, d’ordinaire ébranlé par la révélation du secret maçonnique ; son visage s’éclaire, tout est dit entre eux.

Le lendemain, un somptueux banquet réunit les deux hommes ; Léopold repart ensuite pour Salzbourg. Wolfgang ignore qu’il ne reverra jamais son père. Constanze l’ignore aussi, et si elle l’avait su, elle aurait fêté son départ à la bière, tant la dureté de son beau-père le fait souffrir.

Elle espère, au sortir de cette initiation, que le vieil homme aura changé, qu’un regard gentil croisera le sien et qu’ils se comprendront, se parleront, enfin.

En vain. Peine perdue.

Au fil des mois Wolfgang participe aux tenues régulières et compose de nombreuses œuvres destinées à être jouées lors des réceptions des loges maçonnes. Mozart " voyage " et participe aux tenues de la Zu den drei Adlern, ainsi qu’à celles de Zur gekrönten Hoffnung.

Il s’absente lors de ses problèmes de santé et profite toujours de ses convalescences pour composer quelques merveilles supplémentaires.

Des odes funèbres à l’occasion du décès de frères, en passant par la mise en musique de plusieurs poésies, il s’impose entre temps le travail d’une cantate (K 429) destinée aux fêtes de la St Jean d’été. Malgré la ferveur qui l’inspire, il n’achèvera jamais cette œuvre.

Wolfgang et Constanze ont d’énormes soucis d’argent ; les frères maçons prêtent de l’argent. Constanze emprunte mardi pour rembourser ce qu’il ont emprunté lundi ; la spirale est sans fin.

Haydn cesse un temps de fréquenter les loges ; son immense foi se trouve parfois un peu dérangée par les principes maçonniques ; il est vrai que Mozart participe parfois aux tenues d’une autre loge, où les agapes qui clôturent les rencontres sont assez joyeuses et réputées libertines. Les loges féminines d’adoption commençaient à animer la curiosité des messieurs et les rencontres furent vraisemblablement l’occasion de quelques rapprochements entre Francs-maçons et Francs-maçonnes. Mozart souhaite y faire entrer sa femme, ainsi pourrait-elle constater qu’il ne s’agit pas d’orgies, mais de séances de travail, suivies de banquets (agapes) bien arrosées et se terminant (souvent) par un joyeux banquet fraternel.

 

Mozart veut ouvrir une Loge accessible aux femmes : elle s’appellera « Grotta ».

Les tâches sont réparties entre plusieurs membres,amis et frères, afin de hâter les préparatifs. Constanze participe au projet, donne même de son temps pour effectuer quelques démarches administratives. Enfin, se dit-elle, les femmes pourront accéder à l’érudition des francs-maçons !

Dès l’été de l’année 1791, Mozart est en proie à de terribles crises qui le font ployer sous la douleur ; la maladie le ronge petit à petit.

Quelque chose en lui annonce sa mort pour les mois à venir ; il se sent parcouru d’un froid indicible. Son teint devient très pâle et sa mine triste. Il est atteint d’une profonde mélancolie et chaque départ d’un ami, chaque adieu murmuré, le fait fondre en larmes. La maladie de Wolfgang Mozart porte un nom que l’on connaît aujourd’hui : syndrome de Schoenlein-Henoch. Sa progression est lente, douloureuse et surtout fatale.

Mozart ne craint pas la mort ; cette étape lui semble douce et obligatoire, pour atteindre une vie meilleure, un monde où tous ceux qui s’aiment se retrouvent.Il écrit à propos de la mort : « comme la mort (à y regarder de près) est le vrai but final de notre vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette véritable et parfaite amie de l’homme que son image non seulement n’a plus rien d’effrayant pour moi, mais m’est très apaisante, très consolante. »

Lorsque l’heure sonne pour Mozart, il sait garder sa sérénité, malgré son esprit torturé par l’idée de laisser sa chère Constanze seule et sans revenus. Il demanda à sa belle-sœur de rester présente en disant : « j’ai déjà le goût de la mort sur la langue, qui soutiendra ma chère Constanze si ce n’est ma chère belle-sœur ? »

Mozart ne se soucia pas de sa fin ; le requiem inachevé le contrarie bien plus que de mourir.

Il rend son âme et laisse Constanze hébétée, hystérique ; elle s’allonge auprès de lui pour tenter d’être « contaminée » par son mal. Elle fouille les cachettes sous le plancher, à la recherche des documents de « Grotta ».

Il n’y a plus rien à faire, car personne ne défendra ce dossier comme Wolfgang souhaitait le faire ; personne n’est aussi motivé qu’il l’était, car tous, sont assez satisfaits de tenir leurs épouses loin de la « connaissance ».

Constanze décrypte facilement les symboles contenus dans La Clémence de Titus, La Flûte Enchantée, le Requiem. Sa foi, les certitudes, les doutes, l’espérance. Son esprit est déjà dans un ailleurs dont nous ignorons tout…

Les frères maçons se réunissent en tenue funèbre à l’occasion du décès de leur cher frère passé à l’Orient Eternel ; une oraison funèbre est imprimée et lue devant tous les frères. C’est Carl Philipp Hensler qui prononcera ce texte. Il subsiste actuellement un seul et dernier exemplaire de ce recueil. En voici la copie :

" Le Grand Architecte de l’Univers vient d’enlever à notre Chaîne fraternelle l’un des maillons qui nous étaient les plus chers et les plus précieux. Qui ne le connaissait pas ? Qui n’aimait pas notre si remarquable frère Mozart ? Il y a peu de semaines, il se trouvait encore parmi nous, glorifiant par sa musique enchanteresse l’inauguration de ce Temple.

Qui de nous aurait imaginé qu’il nous serait si vite arraché ? Qui pouvait savoir qu’après trois semaines, nous pleurerions sa mort ? C’est le triste destin imposé à l’Homme que de quitter la vie en laissant son œuvre inachevée, aussi excellente soit-elle. Même les rois meurent en laissant à la postérité leurs desseins inaccomplis.

Les artistes meurent après avoir consacré leur vie à améliorer leur Art pour atteindre la perfection. L’admiration de tous les accompagne jusqu’au tombeau.

Pourtant, si des peuples pleurent, leurs admirateurs ne tardent pas, bien souvent, à les oublier. Leurs admirateurs peut-être, mais pas nous leurs frères !

La mort de Mozart est pour l’Art une perte irréparable. Ses dons, reconnus depuis l’enfance, avaient fait de lui l’une des merveilles de cette époque. L’Europe le connaissait et l’admirait.

Les Princes l’aimaient et nous, nous pouvions l’appeler : " mon frère ".

Mais s’il est évident d’honorer son génie, il ne faut pas oublier de célébrer la noblesse de son cœur.

Il fut un membre assidu de notre Ordre. Son amour fraternel, sa nature entière et dévouée, sa charité, la joie qu’il montrait quand il faisait bénéficier l’un de ses frères de sa bonté et de son talent, telles étaient ses immenses qualités que nous louons en ce jour de deuil.

Il était à la foi un époux, un père, l’ami de ses amis, et le frère de ses frères. S’il avait eu la fortune, il aurait rendu une foule aussi heureuse qu’il l’aurait désiré. "

Au même moment, Constanze découvrait sous ses fenêtres les hurlements d’une foule en larme, silhouettes anonymes agitant des mouchoirs blancs. Elle peut oublier ses rêves d’initiation, car la France aussi commence à maltraiter ceux qui possèdent la « connaissance ».

Les frères se réunissent et font disparaître les dettes de Constanze Mozart ; on ne laisse pas la veuve d’un frère pleurer dans l’indigence.

Cela eût été une parfaite contradiction avec toute leur philosophie.

Constanze consacre le reste de sa vie à l’œuvre de son époux ; elle soutient quelques révolutionnaires et adopte bien des idées de la franc-maçonnerie. Son esprit s’élève définitivement en 1842, toujours profane, mais si sûr d’avoir accompli son devoir qu’on se souvient encore de sa « tranquillité ».

Elle est enterrée au pieds de celui qui la détestait et l’a précédée dans le sillage maçonnique : croyez-vous maintenant que sa mémoire est "contente et satisfaite" de partager le caveau de… Léopold Mozart ?

 

 

 

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